HOMME - Typologie humaine


HOMME - Typologie humaine
HOMME - Typologie humaine

Qu’il s’agisse d’hommes, d’animaux ou de plantes, toute espèce, race ou population, est formée d’individus plus ou moins dissemblables. En outre, les individus se modifient dans le temps, tantôt à des cadences lentes, tantôt à des rythmes rapides. En d’autres termes, la diversité et le changement apparaissent comme deux caractéristiques universelles de la vie. Cela engendre des situations complexes, souvent confuses et, en tout cas, difficiles à maîtriser. D’où l’idée de réduire la multitude des variations à un nombre restreint et maniable de catégories. On rechercha donc des «types», afin de grouper ensemble des cas considérés comme voisins. Les plus anciens essais figurent dans la littérature érotique indienne, et ils visaient la morphologie de la femme. Fait curieux, ils évoquent certaines «constitutions» décrites par des auteurs récents.

1. Classifications intuitives

Types «raciaux» ou «ethniques»

En dehors de toute systématisation scientifique, certains types humains furent identifiés depuis fort longtemps d’une manière intuitive: ceux qui, par la suite, furent qualifiés parfois de «raciaux» ou «ethniques». Il existe, au sein de l’humanité, des différences, en partie visibles, en partie difficiles à saisir, qui ont inspiré le découpage de l’espèce en groupes apparemment homogènes formés d’individus assez semblables, rattachés à une ascendance commune, souvent légendaire. Par exemple, les vieilles sculptures égyptiennes permettent de reconnaître des «noirs» et des «blancs»; et, parmi ces derniers, d’autres variantes humaines qui ne se laissent pas toutes situer aisément, car parfois elles se distinguent par leur coiffure plutôt que par des caractères biologiques.

Ces premières distinctions trouvent un prolongement dans diverses typologies raciales, dans des classifications qui gardent encore une place dans les manuels. Une idée subsiste notamment: l’idée que le «type» est décelable chez les individus , car c’est chez eux que l’on observe les combinaisons des «caractères» autorisant le diagnostic. Et cependant, depuis plus d’un siècle, les anthropologues ont pris l’habitude de calculer des moyennes et des pourcentages. Il est clair que cette arithmétique serait absolument inutile si tous les individus, rattachés à une «race», étaient vraiment semblables, sinon identiques. Inversement, si des paramètres statistiques distinguent un groupe, ils ne s’appliquent pas aux individus. On admet d’ailleurs couramment que le nombre des individus classables puisse être infime.

Il faut constater, que, à ce point de vue, l’attitude de certains auteurs est assez contradictoire, car ils continuent à envisager le «type» comme une combinaison de traits qui se manifeste chez les individus. Cette position conceptuelle, assez incohérente, suscite dans la littérature moderne des critiques parfois acerbes. Au mode de «pensée typologique», on oppose les notions nouvelles tenant compte de la diversité des individus: au lieu d’insister sur les types, on met l’accent sur les populations, définies par des paramètres statistiques et , si possible, par la fréquence de certains gènes , supports matériels de l’hérédité.

Cette opposition est loin d’être insignifiante mais, par excès polémique ou par simple ignorance, elle néglige un fait important: la définition statistique des catégories n’est pas aussi nouvelle qu’on le pense puisque, il y a près d’un siècle, les promoteurs de l’anthropologie française insistaient précisément sur cet aspect des «types raciaux». «Le véritable but de la craniométrie n’est pas l’étude des individus, c’est l’étude des groupes [...]. Dans toute population, quelque pure qu’elle soit, chaque caractère crânien présente des variations individuelles» (P. Broca, 1879). P. Topinard, à son tour, affirmait que le type est une conception abstraite, «une image qu’on se crée» (Topinard, 1885). Fort éloignées du «réalisme» qui imprègne certaines typologies «raciales», ces prises de position sont éminemment «nominalistes», ou, en termes plus modernes, fondamentalement statistiques.

Comme combinaison de traits chez les individus, le type est une notion incertaine, et, en partie, sûrement fallacieuse. En effet, mise en évidence par la génétique, la «ségrégation des caractères» montre qu’un assortiment de traits, considérés comme «raciaux», ne forme pas un ensemble indissoluble. Les lois mendéliennes impliquent la permanence des caractères, mais ne «garantissent» point celle de leurs combinaisons. Ceci encore fut compris et formulé en termes explicites bien avant l’actuelle offensive contre la «pensée typologique», même avant l’exhumation tardive des lois fondamentales de l’hérédité (Topinard, 1885).

D’autre part, si c’est bien la population qui se présente désormais comme la «matière» légitime des recherches, il faut reconnaître que certaines combinaisons de signalements, décelables chez des individus plus ou moins nombreux, se présentent comme des réalités statistiquement significatives; autrement dit, elles ne paraissent pas imputables au hasard (par exemple, cas de la pigmentation des yeux et de celle des cheveux). Enfin, si les typologies raciales reposent en fait sur un choix arbitraire de traits somatiques, il y a une sélection également arbitraire de particularités distinctives, génétiques ou non, dans l’étude des populations...

Tout cela montre que sur ce terrain subsiste une certaine confusion imputable non seulement à la complexité intrinsèque des phénomènes, mais aussi aux difficultés inhérentes à une systématisation conceptuelle qui, dans une large mesure, précède les données de l’observation et de l’expérience.

Types «morphologiques» ou «constitutionnels»

En morphologie, à première vue, la tâche est simple: il s’agit de définir quelques cas de configuration du corps. En effet, nombreux sont les morphologistes qui croient pouvoir définir des ensembles complexes par une simple inspection visuelle, sans mesure, sans dénombrement, sans contrôle statistique. Cette attitude prédomine encore et se trouve à la base de la plupart des classifications. On comprend donc que ces dernières se soient multipliées – on peut en dénombrer quelques dizaines –, ce qui interdit de les examiner toutes. Il convient donc de se borner à celles qui ont exercé ou exercent encore une réelle influence, ou qui diffèrent par quelque chose de plus que la simple nomenclature.

Les types «morphologiques» ou «constitutionnels» ont une assez longue histoire que l’on n’essaiera pas de récapituler. L. Rostan (1826), toutefois, doit être mentionné car il a introduit une idée que l’on retrouve encore chez la plupart des auteurs modernes. C’est celle des prépondérances anatomiques relatives qui marquent les individus. Elle s’oppose à la notion d’un équilibre des différents systèmes organiques, qui n’a peut-être existé que dans l’imagination des artistes.

Rostan reconnaissait ainsi une multitude de types, notamment le circulatoire-respiratoire, le digestif, le neuro-cérébral, le locomoteur-musculaire et même une variété à prépondérance des organes sexuels, ce qui est plutôt difficile à concevoir. Par contre, les quatre premières «constitutions» préludent à la doctrine de l’école morphologique française et à quelques autres. C. Sigaud qui, au début, essaya de classer les individus par la morphologie abdominale, distingua plus tard les «forts» et les «faibles», pour aboutir enfin à quatre types généraux, le respiratoire, le musculaire, le digestif, et le cérébral (C. Sigaud, 1894, 1912; C. Sigaud et L. Vincent, 1912).

L. Mac Auliffe compliqua cette classification par des raffinements difficiles et qui furent rarement suivis en pratique. Les quatre types fondamentaux furent séparés en «francs», à prédominance discrète d’un système organique sur les autres, et en «irréguliers», à prépondérance voyante et, de ce fait, faciles à classer. En outre, il fallait tenir compte des détails de la surface corporelle, du modelé, avec distinction des «plats», des «ronds», et ainsi de suite (Mac Auliffe, 1926, 1932).

Des quatre types décrits par l’école morphologique française, trois réapparaissent, sous des noms différents, dans la principale classification allemande, qui connut un succès plus considérable. E. Kretschmer, qui, contrairement à Sigaud, aborda le problème en psychiatre, décrivit un type «étroit», semblable au respiratoire, qu’il dénomma leptosome, et dont une variante extrême fut baptisée asthénique. À l’opposé se place la constitution pycnique, autrement dit «épaisse», manifestement apparentée à la variante digestive de Sigaud. Entre les deux – sinon sur un tout autre plan – se situe le type athlétique ou musculaire.

Sur le terrain de la morphologie, tout cela n’apportait rien de substantiellement nouveau, et cette doctrine, qui supprimait le type cérébral, dut son succès aux corrélations somato-psychiques décrites par son auteur. Le leptosome serait un «intraverti» tourné vers son monde intérieur, un schizothyme aux relations humaines difficiles, – c’est un individu normal , mais qui en cas de grave déréglage se présente comme un schizophrène. De même, le pycnique cyclothyme est un extraverti tourné vers les biens de ce monde, avide d’affection, voire d’encouragement, tantôt proche du pôle mélancolique, tantôt enclin à l’humour, ou oscillant entre les deux; l’équivalent pathologique de ce type est représenté par la psychose circulaire ou maniaco-dépressive.

Les correspondances entre les diverses configurations du corps et les tournures d’esprit, normales ou morbides, ont inspiré une multitude de publications, un nombre moindre de recherches proprement dites, dont les résultats étaient tantôt concordants, tantôt contradictoires. En examinant avec soin la littérature, on a bien le sentiment qu’il y a là quelque chose de vrai, mais que les liaisons entre les traits physiques et mentaux ne sont pas et ne peuvent pas être aussi étroites qu’on le pense.

La classification kretschmérienne, qui a exercé une grande influence, reste donc fondamentalement intuitive et, comme la plupart des doctrines «classiques», elle repose sur les cas bien caractérisés , sur les variations extrêmes qui attirent l’attention et, de ce fait, sont exceptionnelles plutôt que représentatives. Kretschmer a admis d’ailleurs que sa classification se fonde sur les «beaux spécimens» et les «rares et heureuses trouvailles». Cette particularité des doctrines classiques rend compte de la discontinuité des catégories , les types étant bien distincts et nettement tranchés. C’est pourquoi les auteurs tant soit peu réalistes accordent une place parfois importante aux «mixtes» ou «inclassables». Des estimations indépendantes montrent que ces derniers sont excessivement nombreux.

Un pas important vers les doctrines plus modernes a été accompli par le constitutionniste italien G. Viola (1933). Il n’établit pas le diagnostic individuel sur la «somatoscopie» (c’est-à-dire sur le simple coup d’œil), mais sur un assez long assortiment de mesures. En comparant ces résultats individuels à des moyennes régionales , il estime les «disproportions relatives», à savoir des prépondérances ou des déficiences, parmi lesquelles la première place revient à la prépondérance ou déficience relative du tronc (vie végétative) sur les membres (vie de relation). À part cette interprétation fort discutable, Viola et ses élèves ont cherché à mettre en relation leurs variantes morphologiques (type bréviligne mégalosplanchnique, à tronc volumineux et membres courts; type longiligne microsplanchnique à prépondérances inverses) avec certaines particularités physiologiques ou pathologiques. Il est à noter que, dans la classification de Viola, le type athlétique ou musculaire s’évanouit, mais le point essentiel n’est pas là. Le grand mérite de l’école italienne – dû vraisemblablement à l’emploi d’un nombre important de mesures – consiste à avoir compris que les cas «bien caractérisés» ne sont que des variations plutôt exceptionnelles, se situant aux ailes extrêmes d’une série continue de variations, que la discontinuité des types est artificielle, et que, dans ces conditions, il est raisonnable de prendre comme terme de référence l’homme moyen de chaque population (ce qui implique qu’il n’y a pas de «types» dans l’«absolu» mais qu’ils existent par rapport à certaines caractéristiques moyennes régionales).

Viola et ses élèves déterminaient chaque homme moyen régional par l’ensemble des moyennes arithmétiques, mais on ne tarda pas à s’apercevoir que les corrélations entre certains caractères mesurés étaient faibles sinon nulles , que ces caractères variaient souvent indépendamment les uns des autres , ou peu s’en faut (Benedetti, 1933). On comprit donc l’importance de cette découverte pour tout le problème de la typologie biologique. On finit par supposer que l’individu ne pouvait pas appartenir à un «type», mais qu’il était en quelque sorte partagé entre plusieurs tendances typologiques . Cette idée, contenue en germe dans la méthode de Viola, qui n’en tira point toutes les conséquences, s’ébauche chez le biométricien américain R. Pearl (1936), et trouve son expression complète dans l’œuvre de W. H. Sheldon qui exerce actuellement une forte influence.

Il faut bien comprendre que pour Sheldon les types n’existent pas. Chaque individu est partagé entre trois tendances morphologiques ou «composantes», plus ou moins accusées. Pour chacune des trois tendances, l’individu reçoit une note, qui peut être forte, mais ne peut en aucun cas descendre à zéro. Un homme sera à dominante «mésomorphe» (musculaire, athlétique), sans que l’endomorphie (tendance bréviligne, digestive ou mégalosplanchnique) ou l’ectomorphie (tendance leptosome ou respiratoire) puisse disparaître complètement. Parallèlement, tout individu est classé avec un autre critère, celui de la gynandromorphie , la plus forte note étant attribuée au sujet qui, à part les organes génitaux, se rapproche au maximum du sexe opposé à tous les autres points de vue. Une troisième notation parallèle concerne les dysplasies . En définitive, cette méthode est très complexe, et ceux qui croient employer la classification sheldonienne en ne se servant que des notions de mésomorphie, d’ectomorphie et d’endomorphie reviennent, sans s’en rendre compte, à une typologie classique, à la doctrine kretschmérienne, ce qui implique l’abandon des principes fondamentaux de l’école américaine qui conteste la réalité des types. En effet, les composantes sheldoniennes ne sont pas des types mais des «dimensions»: elles sont estimées, chacune, au moyen d’une note; autrement dit, elles présentent toutes des variations quantitatives dont on doit tenir compte. Elles seraient en corrélation aussi avec des «dimensions» psychologiques, comme la somatotonie , accusée surtout là où la composante mésomorphe est notable: un certain manque de finesse s’y associerait au goût de l’activité physique, voire à l’agressivité. La tendance ectomorphe se combinerait volontiers à la cérébrotonie , marquée par les attitudes rigides, les contacts humains plutôt difficiles et limités en nombre, l’intraversion. Enfin, l’endomorphie présenterait une affinité particulière avec la viscérotonie , un certain «matérialisme», l’extraversion et une attitude généralement sociable.

2. Classifications factorielles

La doctrine et la méthode de Viola constituent la première ébauche des classifications modernes qui substituent aux types, conçus comme des catégories discontinues, le concept de «dimension», c’est-à-dire de quelque chose qui se mesure – ou qui se prête tout au moins à des estimations quantitatives –, donc quelque chose qui présente toute une gamme de variations, avec une multitude d’intermédiaires. Un individu serait donc «plus ou moins» mégalosplanchnique, etc. Cependant, si l’on se rapproche ainsi des réalités morphologiques, la classification au départ reste intuitive. Les «combinaisons de caractères», qui distinguent les types décrits par Viola ne sont pas rigoureusement démontrées. Or, comme nous l’avons dit, un morphologiste italien a montré que les corrélations entre les indices anthropométriques, sur lesquels se fonde l’indentification des types, sont faibles, sinon nulles: ces indices varient donc en partie indépendamment les uns des autres. Autrement dit, les types sont définis d’après un assortiment arbitraire et assez quelconque de signalements.

L’analyse factorielle

Un abord différent est constitué par analyse factorielle, dont la technique est plutôt difficile, alors que l’idée est facile à saisir. Si deux caractères (deux variables) sont liés par une corrélation (si, par exemple, l’un augmente en même que l’autre), on ne doit pas conclure que l’un est régi par l’autre; cependant, on peut admettre que tous les deux reflètent l’action d’un facteur commun . L’analyse factorielle vise à dépister les facteurs communs à toutes les variables étudiées ou à certaines d’entre elles (facteurs de groupe). Si l’on examine toutes les intercorrélations entre les mesures prises sur un échantillon, on constate qu’il existe effectivement des dimensions corporelles qui tendent à «varier ensemble».

Les recherches factorielles sont désormais assez nombreuses. Notamment, une étude ayant porté sur onze séries masculines aussi différentes que les ouvriers parisiens et les chasseurs pygmées de la forêt congolaise, avec le même assortiment de caractères pour les diverses populations, a montré que partout on retrouve la même tendance. Un premier facteur reflète la proportionnalité entre les dimensions absolues du corps, et un deuxième facteur exprime l’opposition entre le pôle «longiligne», «leptosome» ou «microsplanchnique», et le pôle «bréviligne», «eurysome» ou «mégalosplanchnique» (E. Schreider, 1936). Les morphologistes ont bien saisi quelque chose de réel mais ils se sont trompés sur le sens de leurs observations: la «bipolarité» longiligne-bréviligne ou leptosome-eurysome correspond plus à une tendance statistique décelable dans les populations qu’à une dichotomie permettant de classer l’ensemble des individus, car entre les dimensions corporelles les corrélations sont souvent médiocres ou nulles.

Typologie de l’individu et typologie des populations

Il n’en reste pas moins vrai qu’il existe des individus classables – à la condition de ne pas multiplier le nombre des caractères différentiels. À ce point de vue, la situation est semblable à celle qu’on constate pour les «types raciaux» qui, cependant, grâce à leur concentration géographique sont parfois plus faciles à reconnaître, alors que les types constitutionnels, dispersés au sein de n’importe quelle population, apparaissent plus flous et plus difficiles à saisir.

Le fait crucial, cependant, consiste en ceci: même si l’on admet qu’avec un nombre restreint de critères on trouve suffisamment d’individus classables, le diagnostic fondé tout d’abord sur la morphologie (c’est le cas le plus fréquent) n’autorise aucune extrapolation quant aux autres caractéristiques, même si ces dernières sont liées en quelque mesure à la structure du corps. Car à la vérification statistique, les corrélations, si elles existent, sont souvent faibles. Même dans ce cas, elles restent intéressantes pour la recherche biologique, mais peuvent être inutiles pour le diagnostic individuel. C’est vrai notamment en ce qui concerne les liaisons entre les signalements morphologiques d’une part, et d’autre part, certains traits physiologiques ou biochimiques. C’est encore plus vrai, sans doute, pour les liaisons entre les caractères somatiques quels qu’ils soient, et les tendances mentales.

À la lumière des études biométriques effectuées au cours des vingt dernières années, l’intérêt manifestement se déplace de l’individu à la population . Les corrélations, lorsqu’elles sont constatées en bonne et due forme, peuvent nous mettre sur la piste des diverses relations d’interdépendance et de rapports de causalité. On peut constater, dans certaines conditions, que telle catégorie sociale ou professionnelle présente en moyenne une certaine structure corporelle (qui correspond, ou non, à une variante morphologique mise en évidence par l’analyse factorielle). Il arrive aussi que cette morphologie moyenne apparaisse liée à certains traits physiologiques et même à des notes obtenues aux tests mentaux. Il importe de comprendre, toutefois, que, les corrélations étant médiocres, la morphologie d’un individu ne renseigne absolument pas sur ses caractères biochimiques ni, à plus forte raison, sur ses dispositions mentales.

À titre d’illustration, pour nous en tenir à un cas relativement simple, confirmé par plusieurs recherches indépendantes, rappelons qu’une corrélation existe entre la stature adulte et les notes obtenues dans certaines épreuves mentales. Cette corrélation apparaît significative (elle ne semble pas être imputable au hasard) chez les deux sexes et dans des populations génétiquement distinctes et appartenant à des cultures très dissemblables. Il existe d’ailleurs d’autres corrélations entre les mêmes tests et plusieurs dimensions anthropométriques, quelques traits physiologiques, etc. Il ne s’ensuit pas, cependant, que la toise ou le niveau de glycémie post-prandiale puissent nous renseigner sur les caractéristiques intellectuelles. Les corrélations qui, selon les groupes examinés et les tests choisis, oscillent entre 0,11 et 0,40 sont évidemment faibles. Elles mettent en lumière des tendances réelles, attirent notre attention sur des phénomènes qui, autrement, nous échapperaient, et suggèrent des recherches, par exemple, sur les facteurs organiques (héréditaires ou non) communs aux variations corporelles et aux particularités mentales. Mais l’idée chère à plusieurs constitutionnistes, celle des «signes révélateurs» de la personnalité, ne peut que nous induire en erreur. Elle ne vaut guère mieux que les «signes révélateurs» dont se délectaient autrefois les criminologistes de l’école lombrosienne.

Le grand problème aujourd’hui est tout d’abord d’établir l’inventaire des corrélations réelles, fortes ou faibles, peu importe. Par ailleurs, les corrélations nulles présentent aussi un haut intérêt. Ce travail doit être effectué sur chacun des trois principaux plans qui s’offrent à l’exploration: du point de vue de la morphologie, qui constitue historiquement le point de départ, mais n’est pas nécessairement le plus remarquable; sur le terrain de la physiologie, dont l’étude se heurte encore à de puissantes inhibitions; enfin, il faudrait reprendre l’étude des caractères mentaux tenant compte des signalements plus ou moins faciles à définir, mesurables autant que possible, plutôt que des «types», ensembles complexes qui demandent à être démontrés.

On peut donc penser qu’une notion chère à certains auteurs classiques, celle de type comme entité «globale», ou de personnalité «comme un tout» ne rendra pas grand service. Il existe certes des corrélations de caractères et l’on voudrait en connaître davantage et pouvoir les interpréter. Mais il est sûr, dès maintenant, que certaines de ces corrélations sont largement autonomes les unes par rapport aux autres de telle sorte qu’une définition constitutionnelle pourrait être importante, sans avoir aucune chance d’être exhaustive. Plutôt que des types «globaux», on découvrira probablement des «constellations de caractères» qu’il est important de connaître, mais qui sont loin d’offrir une connaissance totale de l’individu.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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